Donner à Glengoffe les moyens de faire face aux changements climatiques

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Quand peut-on dire qu’un projet communautaire a été couronné de succès, quels en sont les éléments clés ?

 

Pour répondre à cette question nous avons pensé qu’il faudrait mettre en vedette un projet qui, selon nous, est un succès. Le projet d'adaptation au changement climatique basé sur les communautés locales (CBA) de Glengoffe, en Jamaïque, a été retenu. Glengoffe est composée de 14 petites communautés et sa population s'élève à 5000 personnes environ.

Il est de plus en plus clair que ce sont les petites communautés qui paieront le prix fort des changements climatiques. Et ce sont les moins bien équipées pour faire face et pour s'adapter. C'est pourquoi les projets CBA cherchent à renforcer leur résilience face aux effets des changements climatiques.

 

L’initiative CBA est un projet mondial du PNUD financé par le FEM (Fonds pour l’environnement mondial), via son programme de dotations de petits montants. Il travaille dans 10 pays. Le PNUD travaille en partenariat avec les Volontaires des Nations Unies et le FEM afin de mobiliser les communautés, de reconnaître les efforts consentis par les bénévoles locaux et pour s'assurer que tout le monde participe. De plus, ces projets renforcent les capacités des ONG partenaires et des organisations qui travaillent à l'échelle communautaire.

 

Avant d’aborder en détail pourquoi nous pensons que le projet de Glengoffe est un exemple de succès, voyons à quoi ressemble leur lieu de travail. Magnifique pays, la Jamaïque est menacée par la réduction de la pluviométrie et l’augmentation des températures moyennes annuelles. Lorsqu’il pleut moins, il pleut plus fort, ce qui fait que les sécheresses aussi bien que les inondations sont plus fortes. On prédit en outre que les jours de canicule seront plus fréquents et que les nuits seront moins fraîches, ce qui exerce une pression sur les plantes cultivées, exige davantage d'irrigation, et favorise les nuisibles et les maladies. de plus, les variations du régime éolien et les tempêtes font ruisseler les sols et les rendent moins fertiles. Il y a davantage de glissements de terrain qui endommagent les infrastructures, dévastent les champs et menacent la vie et les biens des habitants.

 

Donc, en quoi le projet jamaïcain est-il un succès ?

 

Des objectifs clairs – le projet visait à réduire les risques de glissement de terrain liés aux précipitations ainsi que les effets des fortes sécheresses dans la zone de Glengoffe. Il a été mis au point par un processus participatif impliquant les différentes parties prenantes au sein de la communauté. Il a renforcé la capacité adaptative de ces dernières et des écosystèmes en menant trois activités principales: 1) le terrassement et l'endiguement autour des terres cultivées 2) la reforestation et 3) l'atténuation des effets des sécheresses.

 

Financement – Cet élément est évidemment crucial pour tout projet. L’initiative CBA a apporté une contribution significative tout comme d'autres partenaires. Les communautés locales ont apporté 15 000 dollars en nature. La contribution et la participation des bénéficiaires est consubstantielle aux projets CBA.

 

Des personnes engagées – Dans ce cas, un groupe de bénévoles très dévoués qui ont fourni de la formation et d’autres activités de renforcement des capacités qui ont donné de l’autonomie à la communauté. En réalité, avant que ce projet ne démarre, aucun bénévole ne s’est engagé pour lutter contre les changements climatiques. Mais la clé, ce n’est pas seulement de faire le travail et de le laisser sur place en partant. Le succès du projet CBA encourage les fermiers à poursuivre ses activités, ce qui renforce les retombées positives sur le plan environnementale et améliore leur quotidien. M. Roosevelt Lawrence, un agriculteur septuagénaire, et un bon exemple. Sa contribution concrète ? Planter des haies pour protéger les sols de l’érosion, reforester à l’aide d’essences fructifères, d’épices et forestières, l'installation d'un système d'irrigation au goutte-à-goutte pour les périodes de sécheresse avec l'aide des autorités de développement rural (RADA) et le développement des techniques agricoles.

 

Des partenariats forts – le projet a mis en réseau l'Environmental Foundation of Jamaica et deux organismes publics, les RADA et le département des Forêts au sein du Ministère de l’agriculture. Ces derniers ont fourni de l'expertise et cofinancé le projet. Parmi les autres partenaires il faut citer la Commission pour le développement, le Centre biotechnologique des grandes Antilles, la Commission pour le développement social, un député et les communautés locales elles-mêmes par le truchement du Comité de développement communautaire de Glengoffe. Les résultats obtenus sont durables lorsqu'un partenariat est en place avec des organismes locaux et avec les autorités à tous niveaux.

 

Des résultats que les communautés peuvent voir de leurs yeux - en gérant les terres et en procédant à une reforestation stratégiquement ciblée, le projet a permis aux fermier d'augmenter le rendement agricole tout en leur donnant une source de revenu complémentaire. En plantant des haies d'ananas, par exemple, ou des arbres fruitiers dans le cadre de la reforestation, et l’usage de choux, de pommes de terre, de concombres et de pakchoi comme cultures associées. Ces mesures ont dégagé un revenu de 750 000 dollars jamaïcains (8 500$) pour a communauté à ce jour.

Ils ont amélioré leur sécurité alimentaire de 20 à 30% en étant en mesure de fournir certains aliments pour eux-mêmes sans avoir les acheter à d’autres agriculteurs l’oseille et les pois par exemple. Ils sont capables de couvrir jusqu'à 75% de la demande en chou et devraient parvenir cette année à 90% pour l'ananas et 80% pour la banane et le plantain. Comme le souligne Mme Angella Worges, membre de la CBA Glengoffe, "il n'y a pas besoin d'aller à la boutique que tout est maintenant à la ferme, je n'y vais pour acheter du riz". Selon elle il y a maintenant une «réduction de la pauvreté dans certains ménages", ce qui démontre l’intérêt que la communauté porte au projet.

La participation communautaire – Ce qui est encore plus important, la communauté se soucie davantage de l'environnement et elle est mieux informée des dangers du défrichage irréfléchi et de la culture sur brûlis. Les agriculteurs impliqués dans le projet (qui sont au nombre de quatorze environ) utilisent bien moins d’engrais et se déclarent «plus en confiance pour ce qui concerne la qualité de la nourriture" ainsi produite plus naturellement.
 
Grâce au projet CBA, les bénévoles ont planté plus de 7000 arbres fruitiers et forestiers pour pérenniser les moyens de subsistance des habitants et pour réduire l'érosion des sols. Plus de 130 personnes ont été formées au leadership, à la tenue des registres, à la production de compost, à des pratiques agricoles adéquates, à la culture en terrasses, etc. Plus de 1800 m de palissades ont été construits afin de réduire l'érosion des sols.
 
Les femmes jouent un rôle essentiel dans la conception du projet et sa mise en œuvre. "Les hommes pensaient que nous n’étions bonnes qu’à la cuisine, mais maintenant nous sommes là-bas (dans le domaine) avec eux avec notre houe, et nous leur montrons que nous pouvons travailler, tout comme eux», a conclu Mme Worges .
 
Au-delà des résultats économiques, de précieuses leçons ont été tirées du projet. Par exemple, les agriculteurs sont plus enclins à adopter de nouvelles pratiques lorsque les avantages des nouvelles techniques se sont montrées efficaces. Ces leçons et d'autres seront généralisées dans les futurs projets.
 
Je pense que nous pouvons tous convenir que ce projet ABC possède tous les éléments d'un grand projet. Des objectifs clairs, le financement initial qui devient ensuite un cofinancement et le financement communautaire auto-généré, le travail remarquable de bénévoles dévoués et des partenariats stratégiques et, surtout, la participation communautaire. Tous ces éléments ont conduit à des résultats mesurables et à de précieux enseignements.
 
Félicitations au projet CBA Glengoffe, l’un des lauréats du concours VNU What you Know ! Il est en chemin pour Rio+20 et y présentera les bonnes pratiques dégagées de son activité. 

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